LOGOS - #5: Conspi à Sion

Daniel grimaça, aveuglé par la crudité de la lumière. Elle provenait d’une lampe de bureau dont on avait tourné la tête pivotante dans sa direction. Plissant à demi les yeux, Daniel ne parvenait qu’à distinguer quelques ombres de l’autre côté de la table.
Une écoeurante odeur de falafel empuantissait l’air. Tout cela sentait le gras et l’huile.

« Vous êtes décevant, agent Benito.

 

« Je ne peux pas faire ce que vous me demandez ! »

Daniel avait presque crié sa phrase à s’en abîmer les cordes vocales. Mais c’était son cœur de latin qui parlait, son âme de goy qui ne pouvait mentir.

« Vous n’avez pas le choix. N’oubliez pas que nous avons signé un pacte. »

Daniel ne le savait que trop bien. Il n’aurait jamais imaginé jusqu’où cette histoire serait allée.

« C’est impossible. J’étais d’accord pour jouer ce personnage de raciste, et lire vos textes, mais là ça ne tient plus. J’ai déjà eu du mal à expliquer que ma copine était roumaine, et quand je suis allé sur Meta TV, je suis devenu copain avec Tepa ! Les internautes commencent à se douter de quelque chose… »

« Ne cherchez pas à comprendre, agent Benito, » souffla son interlocuteur dans un rictus qui ne cachait que peu sa vulgarité séfarade naturelle. « Continuez à tenir votre rôle, et à toucher vos shekels. Dois-je vous rappeler qu’en tant qu’artiste, vous évoluez dans une profession où nos sayanim sont partout ? »

Daniel baissa le regard, confessant son impuissance. Il accepta à demi-mot de continuer à tenir son rôle, se leva et quitta la pièce.

Resté seul, le commandant Patrick Benguigui gloussa en vidant une canette de soda, satisfait à l’idée que l’euro dépensé irait renforcer Tsahal. Conversano restait encore un bon chien obéissant pour le moment, mais plus tard, il ne faudrait pas hésiter à s’en défaire. Comme le Mossad s’était occupé de Coluche et Balavoine quand ils étaient devenus inutiles.

L’officier israelien termina sa boisson, la jetant par terre sans souci de retenue ou de propreté. Puis, il prit son téléphone crypté. Il devait savoir si l’agent Chouchen avait rempli son objectif en parlant des celtes noirs. L’idée était un peu grosse, mais le colonel Essebag n’avait pas pu s’en empêcher. Et il avait parié le coeur trois enfants palestiniens au dernier Congrès Juif Mondial que tout le monde trouverait ça crédible.

Que ces goyim étaient faibles.

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