Logorrhée soralienne : L'Europe, Euclide et la Kabbale

« ... C'était en fait amener la réalité dont j'ai parlé juste avant, qui est une réalité complexe et protéiforme, qui rejoint la théorie des plis dont parlait à la fin de sa vie Deleuze, c'est-à-dire le monde de René Thom, voilà, le monde de la topologie du monde réel -à le ramener à l'espace-univers, comment dire, à l'espace idéal des nombres euclidiens. C'est-à-dire un univers isomorphe et plan où tout est pareil partout, ce qui demande de ne rien comprendre au monde réel ou à la logique dialectique de Hegel etc.

Cette vision-là est gentillette quand elle bricole sur des petites monographies d'économie, de mathématiques appliquées à l'économie pour des tout petits trucs, hein des petites modélisations mathématiques c'est utile. Mais quand ça se prétend être une vision du monde qui se substitue à la complexité du monde réel, multi-dimensionnel, et que ça veut admettre non pas que le monde prime sur sa représentation, mais amener cette représentation mathématique du monde... amener le monde à sa représentation, c'est-à-dire c'est une inversion totale de sens. C'est-à-dire :  nous décrétons que les mathématiques sont très utiles pour comprendre le monde, mais comme le monde est plus complexe que cet univers idéal des nombres et que ce n'est pas un espace euclidien, nous allons faire en sorte qu'il le devienne. C'est-à-dire raboter les montagnes, assécher les rivières, rendre le monde absolument plan et isomorphe, pour effectivement que les mathématiques deviennent la réalité anthropologique, et non pas un outil de compréhension. Voilà : un outil.

Et là, il y a un truc de délire d'apprenti-sorcier, mais qui rejoint beaucoup le monde comment dirais-je de la Kabbale, où d'un coup le Verbe et le Nombre remplacent le monde et s'y substituent et permettent de régner sur lui... On voit cette déviation. Donc on comprend aujourd'hui, pour revenir au sujet (c'est compliqué), l'Europe n'existe pas... »

Entretien de novembre 2011.

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